Mme le Représentant du Président de la République,
Monsieur l’Ambassadeur de FRANCE,
Monsieur l’Ambassadeur de la Confédération helvétique
Chers Amis, ceux du Liban et de la Francophonie,
Mesdames, Messieurs,
Je suis
reconnaissant à mon ami, M. Sélim WARDEH, Ministre de la Culture, de me donner
l’occasion de dire un mot de plus pour inaugurer ces « Mots de la
Méditerranée », à l’occasion de la 17ème édition du « Salon
du Livre Francophone ».
Qu’est-ce, en
effet, que la « Justice » en l’absence de la « Culture » ?
En passant en
revue la liste des auteurs, des livres et des Maisons d’Edition, de ce salon du
livre francophone 2010, on ne peut s’empêcher de saluer à la fois l’excellence
de l’organisation des conférences, des rencontres, de la variété des titres qui
sont proposés. J’y retrouve à la fois des amis, des poètes inspirés, souvent
admirés, des romanciers, des essayistes, des historiens, des philosophes, des
voyageurs, brefs des créateurs immenses.
Sans vouloir
citer les uns sans les autres, je voudrais vous dire le bonheur que nous
éprouvons à vous compter parmi nous ; en acceptant de vous déplacer
jusqu’ici, vous avez redessiné toutes les rives de cette mer familière, vous
qui êtes de presque toutes les nationalités de la Méditerranée.
Puisque je
remplace un ministre de la Culture, je renonce, en cette fête des mots, à vous
parler de ceux du Droit de cette Méditerranée.
Pourtant, les
mots du droit sont ceux de votre langage ; transformés en concepts, ils se
chargent d’une valeur, grâce à leur pouvoir de désignation. Un mot devient, soudain,
commercial, une marque, une dénomination, déclinée par le consommateur,
reflétant son image. Même en renonçant à évoquer le langage du Droit, je ne
peux oublier que vos mots sont générateurs de concepts, de produits, de
ralliements, de logos, de slogans, mais aussi d’une certaine culture… Le choix
du logo est parfois un choix de personnalité. Comme le signe ou l’alphabet, ces
mots ont pu codifier le comportement, autant que le langage.
Au fur et à mesure
de l’évolution des techniques, une véritable ingénierie des mots, porteurs de
sens, de non-sens, ou, comme le disait Ricoeur, de sens du sens, a pu investir
la linguistique, les mots-clés, le pouvoir des mots.
Parce que le mot
est un acte de création. Il y a plus de deux millénaires, on a proclamé ce
pouvoir : « Que la lumière soit, et la lumière fut » ! Ce
n’est pas par hasard, qu’il y a quelques jours, en date du 12 octobre 2010, un
éminent quotidien français, « Le Monde », dans ce qu’il a appelé « Les
rencontres du monde des livres », a organisé des débats et des échanges
sur le pouvoir des mots.
Dans quelques
jours, seront organisés, à Beyrouth, des débats intitulés « Les liaisons
dangereuses », où seront évoquées, en particulier, les relations des mots
et du Droit.
Pour nous,
Mesdames, Messieurs, il est clair que les mots ont un pouvoir immense. Nous
disons, dans nos villages, parle-moi plutôt que me donner à manger à ma
faim ».
Dans les litiges,
qui soient politiques ou commerciaux, il y a des mots pour sauver la face (حفظ ماء الوجه).
Mon Professeur
d’Economie politique n’avait de cesse d’insister sur le fait que Saladin se
battait pour « Allah », alors que Richard Cœur de Lion le combattait
pour « Dieu ».
Les mots de la
Méditerranée sont plus réels, certes. Au Liban, ils meublent notre langage, ils
alphabétisent notre expression, je veux dire notre liberté.
Laissez-moi le
dire encore une fois. Le mot de Francophonie est synonyme de liberté. Non pas
parce que la Francophonie est seulement la langue française, mais parce qu’elle
est le véhicule d’une culture supplémentaire, une culture de différence, de liberté.
A la limite,
Francophonie est synonyme d’Anglophonie, voire de toute autre langue qui nous
permette de ne pas nous confiner dans la pensée unique ou le refus de l’autre.
C’est en ce sens
que la Méditerranée est notre langage.
Elle est faite de
mots bleu-ciel, de vert azur, de rose couchant, de mots tus, de dits, de
non-dits. Surtout de non dits.
Bref, la
Méditerranée a une rive ; elle a une couleur pour ses mots: notre
alphabet ? Peut-être ! Mais sans aucun doute la rencontre autour du
partage des mots.
Les mots qui nous
unissent dans la dignité, dans la libanité, dans la francophonie.
Cela me ramène
près de cinq décennies en arrière, écoutant ETIEMBLE évoquant FERDINAND DE
SAUSSURE :
Un enfant qui ne
connaît que deux mots : blé et herbe, va dans un champ. Ces deux mots
désignent tout le contenu du champ. Lorsque l’enfant grandit, il connaît
plusieurs mots : blé, herbe, avoine, orge, seigle ; son pouvoir de
nomination grandit. Pourtant rien n’a changé : le champ est le même. Mais
pour désigner l’orge, par exemple, il est amené à rétrécir le domaine des
autres termes. Le même phénomène se reproduit ici : pour évoquer une institution
ou une catégorie nouvelle il faut les différencier :
Leur plus exacte caractéristique est d’être ce que les autres ne sont pas.
(V. F. SAUSSURE, Cours de linguistique générales,
5e éd., Payot, 1960, pp. 331 et suiv.)
Il en va ainsi de nous ce soir :
Nous utilisons des mots et des langages différents pour
marquer nos identités et nos différences.
Mais notre champ de blé est unique : la
Méditerranée.
Mieux, ce soir c’est la francophonie.
Vive les
mots !
Vive la
francophonie !
Vive la
Méditerranée ! Vive le LIBAN !
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